La Voie de l'Hirondelle

Protection de la nature et transmission d'une expérience.

Archives Mensuelles: mars 2014

23 mars 2014 : l’évènement.

PHOTOS A VENIR….

 

Il est 14 heures trente. Je suis debout contre la porte du boxe de Sultan. Je suis admirative et submergée par une énorme émotion de bonheur. Je vous en souhaite plein des comme ça : ce sont de saines sensations. Des larmes d’admiration coulent sur mes joues : je vous en souhaite aussi plein des comme ça.

Lui, il est là, dans son beau vêtement noir, blanc, orange. Il est posé sur un fil aménagé pour son peuple au fond de l’écurie. Il me regarde et je le regarde aussi. Cela dure un long moment de grâce légère et délicate : je me sens plus que jamais FILLE DE LA NATURE.

Tu es revenu. Tu as traversé les déserts, affronté la sottise humaine, vaincu la mer agitée, le vent terrifiant. Tu n’avais pas de boussole, et tu as une boussole dans ta tête. Tu n’avais pas de calendrier et tu as un calendrier dans ta tête. Tu n’avais pas de GPS et tu as un GPS dans ta tête. Comment as-tu fait ? Oh, je t’admire, je t’admire !!!!!!!!!!!!!!!! JE T’ADMIRE !!!!!

Tu pèses… allons… 19 grammes tout mouillé à tout casser… et tu as fait tout cela…

Tu es une hirondelle rustique, tu es de retour d’Afrique, sois le bienvenu, petit frère. Je sais que certains vont me trouver ridicule de t’appeler ainsi, mais moi je ne vois pas d’autre mot ce 23 mars.

Sois bienvenu chez nous. Ainsi se résume toute ma philosophie, toute ma raison d’être, toute ma petite vie. Plus j’avance en âge, moins je sais de choses, plus je me sens humble. C’est cela que j’aimerais dire aux êtres de mon espèce quand je me sens plus hirondelle que humaine.

Me permets-tu de te regarder encore un moment ?

23 mars 2014, malgré le froid, les hirondelles sont revenues en France. Accueillons-les avec tout le respect qu’on doit à de grands voyageurs fatigués et courageux.

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nos chevaux âgés

Imagenos chevaux

Voici Sultan, très âgé, qui souffre d’une faiblesse du train arrière et Cétoune, la grande, soignée avec des médecines douces pour un emphysème. L’été, on protège les yeux des mouches.

Jolimai et la grande intelligence des oiseaux

Vous savez que nous avons environ 70 oiseaux, les nôtres anciens et plein de recueillis.
Jolimai que vous voyez fait partie de notre joyeuse troupe.
Dans la maison, le soir, nous lâchons et faisons voler ceux qui ne sont pas handicapés et qui veulent sortir de leur cage ou
volière sur roulettes. Inséparables à tour de rôle, calopsittes, tourterelles, perruches ondulées se rencontrent au sommet de leurs demeures, sur nos perchoirs suspendus au plafond, sur la table et s’amusent. Ils adorent ce moment.
Quand l’heure est venue, je dis : « au lit, on rentre » et tout le monde va se percher sur sa volière respective. Puis tout le monde rentre, qui dans la cage des ondulées, qui dans la volière des inséparables, etc…
C’est époustouflant, ils mettent, quand ils sont nouveaux venus et ne connaissent guère notre cuisine-salle-à-manger, un jour ou deux seulement pour retrouver une petite porte minuscule au milieu d’un amas de mangeoires, de grillage, de perchoirs…
Nous savons que les scientifiques font des expériences sur les pieuvres, qui retrouvent leur chemin après avoir vu seulement une fois un itinéraire qu’elles ne connaissaient pas. On a donc dit que les céphalopodes sont prêts à conquérir la planète après l’espèce humaine.
Franchement, si un éthologue venait observer nos oiseaux chez nous les soirs d’envol, il dirait que l’adage « cervelle d’oiseau » est complètement stupide. Moineaux, mésanges, hirondelles, etc… font tous preuve d’une mémoire prodigieuse, d’un sens de l’opportunité providentiel, d’une malice hors normes.
Nous aimerions que l’humain orgueilleux remette en cause bien des idées préconçues et revisite un peu sa façon de penser.
Si une libellule, par exemple, a su traverser les ères pour parvenir jusqu’à nous, ce n’est sûrement pas un signe de sottise.
Affirmer que l’animal est dénué d’intelligence et de sensibilité, par contre, est grossièrement faux.

Coucoule retrouve la liberté le 9 mars 2014

Le rideau se lève sur le monde des hommes.
Premier acte : On nous l’a apporté il y a deux mois environ. La dame qui l’a trouvé lui a enlevé une énorme tique qui lui suçait la tête et allait le tuer. Il était quasiment mourant. On l’a bien désinfecté, le trou fermait l’œil dessous.
Nous l’avons mis dans une cage, parce que toutes nos volières sont déjà occupées ; nous avons recueilli plein d’oiseaux.
Coucoule a donc rejoint les autres plumes de la pièce commune, manquant de place, certes, mais il fallait d’abord lui sauver la vie.
Deuxième acte : Coucoule convalescent. Nous le faisons voler dans la maison, fenêtres fermées, avec Petitbedon, autre tourterelle sauvée tout bébé. Malheureusement, ce sont deux mâles. Il faut donc les séparer. Je commence à m’y attacher ; il revient de loin, il a peur ; je le regarde peu, il faut qu’il reste sauvage.
Troisième acte : Coucoule est guéri. Il fait un temps trop épouvantable pour le remettre en liberté. Nous devons attendre. Ne pas s’y attacher, tu es un être libre, bel oiseau gris. Il te reste une cicatrice sur la tête, toute petite, indiquée par une minuscule plume dressée.
Quatrième acte : Le climat change et le printemps est très en avance. Alors on te met dehors, dans ta cage, pour que tu repères les lieux : le pré où nous nourrissons les oiseaux sauvages : espace dégagé où l’on voit les chats et les faucons arriver de loin, en principe. La nuit, on te rentre, mais dans une pièce plus fraîche. Le dernier soir, je te laisse avec les autres au chaud, que tu te reposes un maximum, car l’épreuve de l’extérieur ne sera pas une mince affaire : la nature ne fait pas de cadeau aux faibles. Tu devras être fort, petit prince.
Le rideau se ferme sur le monde des hommes.
Dimanche 9 mars : Après toute cette transition, de repérages des lieux pour toi, près des autres tourterelles sauvages qui mangent non loin, nous posons la cage dans le pré et nous enlevons le fil de fer qui la tient fermée. Lentement.
Le temps est magnifique. Il est 13 heures.
Le rideau s’ouvre sur le monde de la nature.
J’ouvre la cage. Tu as bien mémorisé les lieux, tu es intelligent. Tu t’envoles de suite.
Tu vas d’abord te percher sur un poteau et tu regardes. On observe toujours avant de s’élancer dans l’espace. Longuement, posément, calmement : zénitude. Tu voles sur un autre poteau. Regarde. Respire, prend la mesure des choses. Puis tu voles sur la clôture plus loin et :
Miracle : Venue de nulle part, venue du ciel bleu, une tourterelle vient sur toi, t’enlève littéralement dans son énergie et te transporte vers le taillis voisin : ô joie.
D’où est-t-elle surgie, cette alliée qui te montre le chemin de sa liberté, de son amour, c’est la saison des amours ?
J’en pleure : il y a des beautés qui vous enlèvent au monde littéralement, qui vous secouent autant qu’une immense souffrance, qu’un deuil soudain. Des beautés qui chantent comme un jour de mariage.
Ces deux oiseaux gris-bruns restent dans le petit bois, saisissant l’instant présent : animaux libres loin des hommes.
Nous les regardons à la jumelle et ils s’envolent vers les grands chênes centenaires aux bras grand’ouverts.
Je me couche sur la terre, j’avais peur que tu sois seul, mais elle est venue, une amie.
Tout l’après-midi, j’essaierai de te revoir dans les visages des autres tourterelles des bois qui picorent dans ton pré.
Je chercherai la petite plume en désordre sur une tête. Mais la distance complique cela.
Alors je te verrai dans toutes les tourterelles libres.
C’est un immense bonheur, même si les restes d’un oiseau de ton espèce ont été trouvés ce matin, dévoré par un chat :
l’universel théâtre du monde sans fin.
Tu m’as un peu regardée avant de t’envoler, tu n’avais pas trop peur de nous, merci pour ce regard.
Coucoule est libre.
coucoule